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Histoire d’un casse-noisette

Noël

Histoire d’un casse-noisette

Une merveilleuse soirée de Noël

Il était une fois, dans une grande maison éclairée de mille bougies, une famille qui se préparait à fêter Noël.

Marie et son frère Fritz attendaient cette soirée depuis des semaines.

Toute la journée, une porte était restée fermée : celle du grand salon.

Les enfants savaient que derrière cette porte se trouvait le sapin de Noël, mais personne ne leur permettait encore d’entrer.

Marie essayait parfois de regarder par le trou de la serrure.

— Tu ne verras rien ! lui disait Fritz en riant.

— Peut-être que si…

Mais les rideaux, les meubles et surtout les adultes semblaient décidés à protéger le secret jusqu’au dernier moment.

Enfin, lorsque la nuit fut tombée, une petite clochette tinta.

La porte du salon s’ouvrit.

Marie poussa un cri d’émerveillement.

Au centre de la pièce se dressait un immense sapin.

Des bougies brillaient entre ses branches. Des pommes dorées, des petits anges, des noix enveloppées de papier coloré et toutes sortes de décorations scintillaient dans la lumière.

Sous l’arbre étaient disposés les cadeaux.

Fritz reçut des soldats de bois, un petit cheval et un tambour.

Marie découvrit une magnifique poupée, de petits meubles et une robe qu’elle trouva merveilleuse.

Mais quelqu’un manquait encore.

L’arrivée de l’oncle Drosselmeyer

Tout à coup, on entendit frapper à la porte.

Trois coups lents.

Puis la porte s’ouvrit.

C’était l’oncle Drosselmeyer.

Il n’était pas vraiment l’oncle des enfants, mais un vieil ami de la famille que tout le monde appelait ainsi.

Drosselmeyer était horloger.

Il savait fabriquer et réparer des mécanismes extraordinaires : montres minuscules, automates, pendules musicales et jouets capables de bouger presque comme s’ils étaient vivants.

Les enfants l’adoraient.

Chaque année, à Noël, il apportait quelque chose d’étonnant.

Cette fois, il posa sur la table une grande boîte.

— Que peut-il bien y avoir là-dedans ? demanda Fritz.

Drosselmeyer sourit.

— Regardez.

Il souleva le couvercle.

À l’intérieur se trouvait un petit château mécanique.

Lorsque Drosselmeyer tourna une clé, les portes s’ouvrirent.

De minuscules personnages apparurent.

Des dames et des messieurs dansaient dans une salle de bal tandis que de petits musiciens jouaient de leurs instruments.

Les enfants étaient fascinés.

Mais après plusieurs minutes, Fritz protesta :

— Ils font toujours la même chose !

Drosselmeyer éclata de rire.

— C’est le problème avec les automates. Ils savent très bien ce qu’ils doivent faire, mais ils ne savent rien faire d’autre.

Puis il se tourna vers le sapin.

— Pourtant, j’ai encore un petit cadeau.

Il prit un objet caché derrière les branches.

C’était un drôle de personnage en bois.

Il avait une grosse tête, une veste rouge, de grandes bottes et une bouche pleine de dents.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Marie.

— Un casse-noisette, répondit Drosselmeyer.

Le petit soldat de bois

Marie prit le casse-noisette entre ses mains.

Il n’était pas particulièrement beau.

Son visage semblait même un peu sévère.

Pourtant, elle le trouva immédiatement attachant.

Drosselmeyer lui montra comment l’utiliser.

On plaçait une noisette dans sa bouche, puis on abaissait un levier situé dans son dos.

Crac !

La coquille se brisait.

Fritz voulut essayer.

Puis encore une fois.

Et encore.

— Fais attention, lui dit Marie.

Mais Fritz choisit une noix beaucoup trop grosse.

— Celui-là va la casser !

Il força.

Un bruit sec retentit.

Une petite dent du casse-noisette se brisa.

— Fritz !

Marie récupéra immédiatement son nouveau compagnon.

— Regarde ce que tu as fait !

Fritz haussa les épaules.

— Ce n’est qu’un jouet.

Mais pour Marie, ce n’était déjà plus tout à fait vrai.

Elle enveloppa doucement le casse-noisette dans un mouchoir blanc.

— Ne t’inquiète pas, murmura-t-elle. Je vais prendre soin de toi.

Drosselmeyer la regarda avec un étrange sourire.

— Tu as raison, Marie. Certains objets méritent que l’on s’occupe d’eux.

Marie ne comprit pas exactement ce qu’il voulait dire.

Minuit

Plus tard, les enfants furent envoyés au lit.

Mais Marie n’arrivait pas à dormir.

Elle pensait au pauvre casse-noisette resté dans le salon.

Sa dent était cassée et Fritz avait abandonné les soldats un peu partout.

Finalement, Marie se leva.

Elle descendit l’escalier en silence et entra dans le salon.

Le feu de la cheminée était presque éteint.

Le sapin se dressait dans l’obscurité.

Marie retrouva son casse-noisette et le plaça confortablement dans le petit lit de sa poupée.

— Voilà. Maintenant tu peux dormir.

À cet instant, la grande horloge commença à sonner.

Un coup.

Deux coups.

Trois…

Jusqu’à douze.

Minuit.

Marie entendit alors un bruit étrange.

Gratt…

Gratt…

Gratt…

Quelque chose bougeait derrière les murs.

Puis sous le plancher.

Puis sous le sapin.

Des dizaines de petites souris apparurent de tous les côtés.

Marie recula, effrayée.

Les souris se regroupèrent au milieu du salon.

Et soudain apparut leur chef.

Le Roi des Souris

C’était une souris énorme portant une couronne.

Selon les anciennes versions de l’histoire, le Roi des Souris possédait plusieurs têtes. Pour Marie, dans l’obscurité de la pièce, il semblait surtout immense, terrible et bien plus dangereux que toutes les autres souris.

Il leva une patte.

Aussitôt, toute son armée se mit en mouvement.

Mais alors une autre chose extraordinaire se produisit.

Dans la vitrine, les petits soldats de Fritz commencèrent à bouger.

Leurs bras se levèrent.

Leurs tambours résonnèrent.

Et le casse-noisette ouvrit les yeux.

Marie retint son souffle.

Le petit personnage de bois se leva.

Il saisit une épée.

Puis il se plaça devant les soldats.

— En avant !

L’armée des jouets quitta la vitrine.

Les soldats se mirent en rang.

Les poupées se réfugièrent derrière les meubles.

Le casse-noisette leva son épée.

Face à lui, le Roi des Souris poussa un cri.

La bataille commença.

La bataille des jouets

Les souris avancèrent les premières.

Les soldats de bois résistèrent courageusement.

Les tambours battaient.

Les petits canons tiraient.

Les souris couraient entre les pieds des chaises tandis que les jouets tentaient de les repousser.

Marie n’en croyait pas ses yeux.

Le salon qu’elle connaissait si bien était devenu un véritable champ de bataille.

Le casse-noisette se battait avec courage.

Mais les souris étaient de plus en plus nombreuses.

Peu à peu, les soldats durent reculer.

Le Roi des Souris s’approcha alors du casse-noisette.

Celui-ci voulut reculer, mais son pied resta coincé.

Le Roi des Souris leva son arme.

— Attention ! cria Marie.

Sans réfléchir davantage, elle retira une de ses chaussures.

Et la lança de toutes ses forces sur le Roi des Souris.

La chaussure traversa la pièce.

Le Roi des Souris recula.

Ses soldats furent surpris.

Le casse-noisette en profita pour se libérer.

Mais Marie, bouleversée par tout ce qu’elle venait de voir, sentit soudain la pièce tourner autour d’elle.

Elle ferma les yeux.

Et s’évanouit.

Était-ce seulement un rêve ?

Lorsque Marie se réveilla, elle était dans son lit.

Sa mère était assise près d’elle.

— Tu nous as fait peur, ma chérie.

Marie voulut immédiatement parler.

— Les souris ! Le casse-noisette ! Il y a eu une bataille !

Sa mère lui caressa les cheveux.

— Tu as dû faire un mauvais rêve.

— Ce n’était pas un rêve !

Mais personne ne semblait la croire.

Personne, sauf peut-être Drosselmeyer.

Lorsqu’il vint lui rendre visite, Marie lui raconta tout.

Le vieil horloger l’écouta sans rire.

Puis il regarda le casse-noisette.

— Sais-tu, Marie, qu’il existe une vieille histoire à son sujet ?

Marie ouvrit de grands yeux.

— Une vraie histoire ?

— Peut-être.

Et Drosselmeyer commença à raconter.

L’histoire du prince transformé

Autrefois, disait-il, vivait un jeune prince.

Il était beau, aimable et généreux.

Mais un mauvais sort avait été jeté sur lui.

À cause d’une ancienne querelle entre les hommes et les souris, le prince avait été transformé en casse-noisette.

Son visage était devenu étrange.

Sa tête était devenue énorme.

Et personne ne savait comment lui rendre son apparence.

Le sort ne pouvait être brisé que si quelqu’un était capable d’aimer le casse-noisette malgré son apparence.

Marie regarda le petit personnage posé près d’elle.

— Et personne ne l’a jamais fait ?

Drosselmeyer haussa les épaules.

— Peut-être attend-il encore.

Puis il partit sans donner davantage d’explications.

Marie resta longtemps à regarder son casse-noisette.

Était-ce seulement une histoire ?

Ou Drosselmeyer venait-il de lui révéler un secret ?

Le retour du Roi des Souris

Les nuits suivantes, Marie entendit encore des bruits.

Le Roi des Souris n’avait pas oublié la bataille.

Il revint trouver Marie.

Il menaça de s’en prendre au casse-noisette si elle ne lui donnait pas ses friandises et ses jouets.

Marie accepta d’abord.

Elle déposa quelques bonbons près de la porte.

Le lendemain matin, ils avaient disparu.

Puis le Roi des Souris réclama davantage.

Marie donna encore quelque chose.

Mais bientôt, elle comprit qu’il ne s’arrêterait jamais.

Elle alla trouver le casse-noisette.

— Je ne veux plus avoir peur de lui.

À sa grande surprise, le casse-noisette lui répondit.

— Alors donne-moi une épée.

Marie trouva une petite épée appartenant à l’un des soldats de Fritz.

Elle la lui confia.

— Sois prudent.

Cette nuit-là, le casse-noisette partit combattre le Roi des Souris.

Marie attendit longtemps.

Puis elle entendit enfin de petits pas.

Le casse-noisette apparut.

Il avait vaincu son ennemi.

Le royaume des jouets était libre.

Il s’inclina devant Marie.

— Vous m’avez sauvé lorsque personne d’autre ne l’aurait fait. Permettez-moi maintenant de vous montrer mon royaume.

Le royaume merveilleux

Le casse-noisette prit Marie par la main.

À cet instant, quelque chose d’impossible se produisit.

Le salon sembla s’agrandir.

Les branches du sapin montèrent si haut qu’elles ressemblaient aux arbres d’une forêt.

La lumière des bougies devint celle de milliers d’étoiles.

Un chemin apparut.

Marie et le casse-noisette avancèrent.

Ils traversèrent une forêt couverte de neige.

Mais cette neige n’était pas froide.

Elle brillait comme des diamants.

Ils arrivèrent ensuite dans un pays extraordinaire.

Les maisons étaient faites de sucre.

Les fontaines semblaient remplies de limonade.

Des fruits confits décoraient les jardins.

Des personnages vêtus de costumes merveilleux venaient saluer le casse-noisette.

— Bienvenue au royaume des douceurs, annonça-t-il.

Marie découvrit des palais, des jardins et de grandes salles où l’on dansait.

Des musiciens jouaient.

Des enfants riaient.

Tout semblait sorti d’un rêve.

Mais Marie n’oubliait pas la question qui lui trottait dans la tête.

Elle regarda son compagnon.

— Es-tu vraiment le prince dont Drosselmeyer m’a parlé ?

Le casse-noisette baissa la tête.

— Oui.

Le sort se brise

Marie regarda le visage étrange de son ami.

Elle se souvenait de la première fois qu’elle l’avait vu.

Fritz l’avait trouvé ridicule.

D’autres auraient certainement pensé la même chose.

Mais Marie connaissait maintenant son courage, sa fidélité et sa gentillesse.

— Peu importe ton apparence, dit-elle. Pour moi, tu es mon ami.

À peine eut-elle prononcé ces mots qu’une lumière éclatante remplit la pièce.

Marie dut fermer les yeux.

Lorsqu’elle les rouvrit, le casse-noisette avait disparu.

Devant elle se tenait un jeune prince.

Il portait encore la veste rouge du petit soldat de bois, mais son visage avait changé.

Le sort était brisé.

— Marie, dit-il, tu as vu ce que les autres ne voyaient pas.

Il lui tendit la main.

Autour d’eux, tout le royaume se mit à célébrer leur victoire.

Le lendemain matin

Marie se réveilla dans son lit.

Le soleil entrait par la fenêtre.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile.

Le royaume.

Le prince.

Le Roi des Souris.

La bataille.

Était-ce encore un rêve ?

Elle descendit rapidement dans le salon.

Le casse-noisette était là.

Immobile.

Exactement à l’endroit où elle l’avait laissé.

Marie sourit.

Peut-être avait-elle tout rêvé.

Mais quelque temps plus tard, Drosselmeyer vint leur rendre visite.

Il n’était pas seul.

Un jeune garçon l’accompagnait.

— Marie, dit Drosselmeyer, je voudrais te présenter mon neveu.

Marie regarda le jeune garçon.

Son cœur se mit à battre plus vite.

Elle connaissait ce visage.

Le garçon lui sourit.

Et Marie comprit que certaines histoires que l’on croit avoir rêvées sont peut-être plus vraies qu’on ne l’imagine.


Ce que nous apprend cette histoire

L’histoire du casse-noisette nous rappelle qu’il ne faut pas juger quelqu’un seulement sur son apparence.

Au début, le casse-noisette semble étrange et même un peu ridicule. Pourtant, Marie découvre peu à peu qu’il est courageux, fidèle et généreux.

Elle l’aide alors que personne d’autre ne le ferait.

Et c’est précisément parce qu’elle sait regarder au-delà des apparences que le mauvais sort peut être brisé.

Cette histoire nous apprend aussi que le courage ne signifie pas ne jamais avoir peur. Marie a peur du Roi des Souris, mais elle décide malgré tout d’aider son ami.

Parfois, être courageux, c’est simplement choisir de faire ce qui nous paraît juste, même lorsque nous avons peur.

Source : D’après le célèbre conte de Noël inspiré d’E.T.A. Hoffmann, adapté pour les enfants
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