Animaux
L’Oie d’or
Trois frères bien différents
Il était une fois un homme qui avait trois fils.
Les deux aînés étaient grands, sûrs d’eux et persuadés d’être plus intelligents que tout le monde.
Le plus jeune, lui, était très différent.
Il était simple, doux et plutôt discret. Ses frères se moquaient souvent de lui et lui avaient donné un surnom peu aimable : Simplet.
Simplet ne répondait presque jamais à leurs plaisanteries.
Il préférait rendre service, aider son père et éviter les disputes.
Un jour, l’aîné des trois frères décida d’aller couper du bois dans la forêt.
Sa mère lui prépara un bon gâteau et lui donna une bouteille de vin.
— Ainsi, tu ne manqueras de rien, lui dit-elle.
Le jeune homme prit sa hache et partit d’un pas décidé.
Le petit homme gris
Au milieu de la forêt, l’aîné rencontra un petit homme aux cheveux gris.
L’homme le salua poliment.
— Bonjour, jeune homme. J’ai très faim et très soif. Pourrais-tu me donner un morceau de ton gâteau et une gorgée de ton vin ?
L’aîné regarda son sac.
Il pensa immédiatement :
« Si je partage, il m’en restera moins pour moi. »
Il secoua donc la tête.
— Certainement pas. J’ai besoin de tout cela pour ma journée.
Puis il continua son chemin.
Arrivé près d’un grand arbre, il commença à couper.
Un coup de hache.
Puis un deuxième.
Mais au troisième, sa hache glissa et il se blessa.
Il dut rentrer chez lui bien plus tôt que prévu.
Quelques jours plus tard, le deuxième frère voulut à son tour aller dans la forêt.
Sa mère lui prépara lui aussi un gâteau et une bouteille de vin.
Sur le chemin, il rencontra exactement le même petit homme gris.
— Bonjour, jeune homme. Pourrais-tu partager un peu de ton repas avec moi ?
Le deuxième frère réfléchit.
Puis il répondit :
— Non. Si je te donne quelque chose, j’en aurai moins pour moi.
Il repartit.
Et, comme son frère avant lui, il se blessa en coupant du bois et dut revenir à la maison.
Simplet part à son tour
Quelque temps plus tard, Simplet demanda :
— Père, puis-je aller moi aussi chercher du bois dans la forêt ?
Son père soupira.
— Tes deux frères se sont blessés. Tu ferais mieux de rester ici.
Mais Simplet insista.
— Je serai prudent.
Finalement, son père accepta.
Sa mère, cependant, ne lui prépara pas un beau gâteau.
Elle lui donna seulement un morceau de pain un peu sec et une petite bouteille de boisson ordinaire.
Simplet la remercia tout de même et partit joyeusement.
Dans la forêt, il rencontra le petit homme gris.
— Bonjour, jeune homme, lui dit celui-ci. J’ai très faim et très soif. Voudrais-tu partager ton repas avec moi ?
Simplet ouvrit son sac.
— Je n’ai pas grand-chose, répondit-il. Seulement un morceau de pain sec et une boisson très simple. Mais si cela peut vous faire plaisir, nous pouvons partager.
Ils s’assirent côte à côte.
Simplet coupa son pain en deux.
Mais lorsqu’il regarda de nouveau son repas, le pain sec était devenu un délicieux gâteau.
Et la boisson ordinaire s’était changée en excellent vin.
Simplet ouvrit de grands yeux.
Le petit homme sourit.
— Tu as partagé le peu que tu avais sans rien attendre en retour. Je vais donc t’aider.
Il lui montra un vieil arbre.
— Coupe celui-ci. Tu trouveras quelque chose d’étonnant sous ses racines.
Puis il disparut entre les arbres.
L’oie merveilleuse
Simplet commença à couper le vieux tronc.
Lorsqu’il tomba, il découvrit une cavité entre les racines.
À l’intérieur se trouvait une oie.
Mais ce n’était pas une oie ordinaire.
Toutes ses plumes étaient en or.
Elles brillaient si fort au soleil que Simplet dut plisser les yeux.
— Eh bien, voilà qui est étrange !
Il prit délicatement l’oie sous son bras et quitta la forêt.
Comme la nuit approchait, il s’arrêta dans une auberge.
L’aubergiste avait trois filles.
Lorsque celles-ci aperçurent l’oie dorée, elles furent immédiatement fascinées.
— Regarde ces plumes !
— Elles doivent valoir une fortune !
— Si seulement nous pouvions en avoir une…
Simplet posa l’oie près de son lit puis alla se coucher.
La fille aînée décida d’attendre que tout le monde dorme.
Elle entra silencieusement dans la chambre.
« Je vais seulement prendre une petite plume », pensa-t-elle.
Elle tendit la main.
Mais dès qu’elle toucha l’oie…
— Oh !
Sa main resta collée aux plumes.
Elle essaya de tirer.
Impossible.
Un peu plus tard, la deuxième sœur entra.
— Que fais-tu ici ?
— Ne touche surtout pas l’oie !
Mais il était trop tard.
La deuxième sœur posa la main sur sa sœur.
Et elle resta collée à son tour.
La troisième entra ensuite.
— Pourquoi êtes-vous toutes les deux ici ?
— Ne nous touche pas !
Bien entendu, elle les toucha.
Et la voilà elle aussi prisonnière.
Une drôle de procession
Le lendemain matin, Simplet se leva.
Il prit l’oie sous son bras et quitta l’auberge.
Il ne remarqua même pas que les trois jeunes filles étaient attachées derrière lui.
La première tenait l’oie.
La deuxième tenait la première.
Et la troisième tenait la deuxième.
Elles étaient obligées de courir pour suivre Simplet.
Sur le chemin, ils rencontrèrent un homme qui s’étonna.
— Mais enfin ! Pourquoi courez-vous toutes derrière ce garçon ?
Il voulut retenir la dernière jeune fille.
À peine l’eut-il touchée qu’il resta collé lui aussi.
— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Simplet continuait tranquillement sa route.
Un peu plus loin, deux autres personnes voulurent aider.
Elles touchèrent la file.
Et restèrent collées.
Bientôt, Simplet avançait avec derrière lui une longue procession de gens qui trébuchaient, criaient et essayaient de suivre le rythme.
Les passants s’arrêtaient pour regarder.
Certains riaient.
D’autres n’en croyaient pas leurs yeux.
La princesse qui ne riait jamais
Dans le royaume où Simplet arriva vivait une princesse.
Elle était belle, mais jamais personne ne l’avait vue rire.
Ni les musiciens, ni les clowns, ni les jongleurs n’avaient réussi à lui arracher le moindre sourire.
Le roi s’en désolait.
Finalement, il avait annoncé :
— Celui qui réussira à faire rire ma fille pourra demander sa main.
Beaucoup avaient essayé.
Tous avaient échoué.
Lorsque Simplet passa devant le palais avec son oie d’or et toute sa drôle de procession, la princesse regardait justement par une fenêtre.
Elle aperçut d’abord Simplet.
Puis les trois jeunes filles.
Puis tous les autres, collés les uns aux autres, courant tant bien que mal derrière lui.
Un homme trébucha.
La personne derrière lui trébucha aussi.
Puis toute la file se mit à tanguer d’un côté puis de l’autre.
La princesse essaya de rester sérieuse.
Ses lèvres tremblèrent.
Puis elle éclata de rire.
Elle rit si fort qu’elle dut s’essuyer les yeux.
Pour la première fois depuis des années, tout le palais entendit le rire de la princesse.
Le roi cherche à éviter sa promesse
Simplet se présenta devant le roi.
— Votre Majesté, j’ai réussi à faire rire votre fille.
Le roi était bien obligé de l’admettre.
Mais en regardant Simplet, il pensa :
« Ce jeune homme ne me semble pas assez important pour épouser une princesse. »
Alors il décida de lui imposer une nouvelle épreuve.
— Avant cela, dit-il, tu dois me trouver un homme capable de boire toute une cave de vin.
Simplet repartit.
Dans la forêt, il retrouva le petit homme gris.
Celui-ci lui dit :
— Je connais quelqu’un qui pourra t’aider.
Ils rencontrèrent un homme qui se plaignait d’avoir toujours soif.
On l’emmena dans les caves du roi.
Il but un tonneau.
Puis un autre.
Puis encore un autre.
Et bientôt, toute la cave fut vide.
Le roi fut contrarié.
Il réfléchit à une nouvelle épreuve.
— Très bien. Maintenant, trouve-moi quelqu’un capable de manger une montagne de pain.
Simplet retourna dans la forêt.
Le petit homme gris l’aida encore.
Cette fois, ils rencontrèrent un homme qui disait avoir toujours faim.
On lui apporta des montagnes de pain.
Il mangea tout.
Jusqu’à la dernière miette.
Une dernière épreuve
Le roi était de plus en plus embarrassé.
Il imagina alors une dernière condition.
— Construis-moi un bateau capable de voyager aussi bien sur la terre que sur l’eau.
Simplet se rendit de nouveau dans la forêt.
Le petit homme gris l’attendait.
— Parce que tu as été bon avec moi lorsque tu n’avais presque rien, je vais encore t’aider.
Peu après, un merveilleux bateau apparut.
Il pouvait glisser sur les rivières, mais aussi avancer sur les chemins comme s’il roulait sur l’eau.
Simplet le conduisit jusqu’au palais.
Cette fois, le roi ne pouvait plus inventer d’excuse.
Simplet avait réussi toutes les épreuves.
Une fin heureuse
Le roi tint finalement sa promesse.
Simplet épousa la princesse.
Et celle-ci, qui autrefois ne riait jamais, retrouva peu à peu toute sa joie.
Simplet ne devint pas quelqu’un d’autre parce qu’il vivait désormais au palais.
Il resta généreux, simple et attentionné.
Il n’oublia jamais le petit homme gris qu’il avait rencontré dans la forêt.
Et surtout, il n’oublia jamais que toute son aventure avait commencé par un geste très simple :
il avait accepté de partager son pauvre repas avec quelqu’un qui avait faim.
Quant à l’oie d’or, elle resta longtemps au palais.
On raconte même que, lorsqu’un visiteur devenait trop fier ou trop avare, elle semblait le regarder d’un air très amusé.
Ce que nous apprend cette histoire
L’Oie d’or nous apprend que la gentillesse et la générosité peuvent avoir beaucoup plus de valeur que l’intelligence dont on aime se vanter.
Les deux frères aînés avaient davantage à partager que Simplet, mais ils ont refusé d’aider le petit homme.
Simplet, lui, possédait très peu de choses et a pourtant accepté de partager.
C’est ce geste qui change toute son histoire.
Le conte nous rappelle aussi qu’il ne faut pas se moquer de quelqu’un parce qu’il semble moins habile, moins important ou différent des autres.
Une personne que tout le monde sous-estime peut parfois accomplir les choses les plus extraordinaires.
