Aventure
La Belle au bois dormant
Une naissance très attendue
Il était une fois un roi et une reine qui désiraient depuis longtemps avoir un enfant.
Ils vivaient dans un grand château entouré de jardins, de fontaines et de forêts.
Le royaume était prospère, mais malgré toutes leurs richesses, il leur manquait quelque chose d’essentiel.
Ils rêvaient d’avoir un enfant à aimer.
Un jour enfin, leur souhait se réalisa.
La reine donna naissance à une petite fille.
La joie fut immense.
Les cloches sonnèrent dans tout le royaume et, pendant plusieurs jours, les habitants célébrèrent la naissance de la princesse.
Le roi décida d’organiser une grande fête.
Il invita les familles nobles, les musiciens, les artistes et surtout les fées du royaume.
À cette époque, les fées étaient peu nombreuses et chacune possédait des pouvoirs particuliers.
Le roi voulait qu’elles deviennent les marraines de la petite princesse et lui offrent leurs plus beaux dons.
Les cadeaux des fées
Le jour de la fête, le palais brillait de mille lumières.
Les tables étaient couvertes de plats délicieux.
La princesse dormait paisiblement dans un berceau décoré de fleurs.
Une première fée s’approcha.
Elle posa doucement la main sur le berceau.
— Je te donne la beauté, petite princesse.
Une deuxième fée déclara :
— Je te donne la bonté.
Une troisième ajouta :
— Tu auras une voix si douce que chacun prendra plaisir à t’écouter.
Une autre lui offrit l’élégance.
Une autre encore l’intelligence.
Chaque fée apportait ainsi un don merveilleux.
Mais soudain, les grandes portes de la salle s’ouvrirent brutalement.
Une vieille fée apparut.
Tout le monde se tut.
Cela faisait des années qu’on ne l’avait plus vue et le roi avait cru qu’elle avait disparu.
C’est pour cette raison qu’il ne l’avait pas invitée.
Mais la vieille fée, elle, ne voyait pas les choses ainsi.
— Vous fêtez la naissance de cette enfant sans même penser à moi ? demanda-t-elle froidement.
Le roi tenta de s’expliquer.
— Nous pensions que vous ne viviez plus dans le royaume.
Mais la fée était trop vexée pour l’écouter.
Elle s’approcha du berceau.
— Puisque chacun offre un cadeau à cette enfant, je vais lui en faire un moi aussi.
La reine pâlit.
La vieille fée leva la main.
— Le jour de ses quinze ans, la princesse se piquera le doigt avec un fuseau… et elle mourra.
Un cri parcourut la salle.
Puis la vieille fée disparut.
Le dernier don
Heureusement, une jeune fée n’avait pas encore offert son cadeau.
Elle avait compris que quelque chose de mauvais risquait de se produire et s’était volontairement tenue à l’écart.
Elle s’avança maintenant vers le roi et la reine.
— Je ne peux pas annuler complètement le sort de cette puissante fée, expliqua-t-elle. Mais je peux le rendre moins terrible.
Elle regarda la petite princesse.
— La princesse ne mourra pas. Lorsqu’elle se piquera avec le fuseau, elle tombera dans un profond sommeil qui durera cent ans.
Le roi demanda :
— Et après ces cent années ?
La fée sourit.
— Alors elle se réveillera.
Le roi et la reine furent un peu rassurés.
Mais le roi décida de tout faire pour empêcher le mauvais sort de se réaliser.
Il ordonna qu’on retire du royaume tous les rouets et tous les fuseaux servant à filer la laine.
Personne ne devait en conserver.
Pendant des années, on ne parla presque plus de cette étrange prédiction.
La princesse grandit
Les années passèrent.
La petite princesse devint une jeune fille joyeuse, curieuse et généreuse.
Les dons des fées semblaient s’être réalisés.
Elle était belle, mais ce n’était pas ce que les habitants appréciaient le plus chez elle.
Elle prenait le temps de parler avec chacun.
Elle aimait parcourir les jardins, écouter les musiciens et visiter les cuisines du château pour voir comment étaient préparés les gâteaux.
Elle posait beaucoup de questions.
— Pourquoi cette tour est-elle toujours fermée ?
— Pourquoi n’y a-t-il jamais de rouet au château ?
— Pourquoi tout le monde devient-il silencieux lorsqu’on parle de mon anniversaire ?
Les adultes trouvaient toujours une excuse.
Ils ne voulaient pas l’effrayer en lui racontant la malédiction.
Puis arriva l’année de ses quinze ans.
La mystérieuse tour
Le jour de son anniversaire, le château était en pleine agitation.
Des invités arrivaient de tout le royaume.
Des guirlandes décoraient les salles et de la musique résonnait dans les couloirs.
La princesse, elle, décida de profiter d’un moment de calme pour explorer une partie du château qu’elle connaissait mal.
Elle monta un escalier.
Puis un autre.
Elle arriva finalement devant une vieille porte.
Elle l’ouvrit.
Derrière se trouvait un étroit escalier en colimaçon.
La princesse monta jusqu’en haut d’une tour.
Là, elle découvrit une petite pièce.
Une vieille femme y était assise.
Entre ses mains tournait un objet étrange.
La princesse n’en avait jamais vu.
— Bonjour, madame. Que faites-vous ?
La vieille femme leva les yeux.
Elle n’avait jamais entendu parler de l’interdiction du roi.
Depuis des années, elle vivait presque seule dans cette tour.
— Je file de la laine, répondit-elle.
— Et cet objet ?
— C’est un fuseau.
La princesse s’approcha.
— Puis-je essayer ?
— Bien sûr.
La jeune fille tendit la main.
À peine ses doigts touchèrent-ils le fuseau qu’elle se piqua.
Elle poussa un petit cri.
Puis ses paupières devinrent lourdes.
Elle tomba doucement sur un lit installé dans la pièce.
Et s’endormit.
Le château s’endort
Au même instant, quelque chose d’extraordinaire se produisit.
Le roi s’endormit sur son trône.
La reine s’endormit près de lui.
Les gardes s’endormirent debout.
Les cuisiniers s’endormirent au-dessus de leurs casseroles.
Les musiciens cessèrent de jouer.
Même les chiens du château s’allongèrent et fermèrent les yeux.
Dans la cour, les chevaux s’immobilisèrent.
Le silence envahit peu à peu tout le palais.
Puis une immense haie commença à pousser autour du château.
Des ronces, des branches et des épines s’entremêlèrent.
En quelques heures, le palais disparut presque complètement derrière cette végétation.
Le sort de la fée venait de s’accomplir.
La légende de la princesse endormie
Les années passèrent.
Puis les décennies.
Les personnes qui avaient connu le château disparurent peu à peu.
Mais l’histoire de la princesse endormie continua de se raconter.
On disait qu’au-delà de la grande forêt de ronces se trouvait un palais.
Et que, dans la plus haute tour, une princesse dormait depuis très longtemps.
Beaucoup de jeunes gens tentèrent d’atteindre le château.
Mais les ronces étaient si épaisses qu’aucun ne parvenait à passer.
Certains renoncèrent rapidement.
D’autres se blessèrent et durent faire demi-tour.
Avec le temps, la plupart des gens finirent par croire qu’il ne s’agissait que d’une vieille légende.
Mais un jour, presque cent ans après l’endormissement de la princesse, un jeune prince arriva dans la région.
Le prince entend parler du château
Au cours de son voyage, le prince aperçut au loin une étrange forêt.
Il demanda à un vieil homme :
— Pourquoi personne ne va jamais de ce côté ?
Le vieil homme répondit :
— Parce qu’il y a là une vieille histoire.
Il lui raconta la légende de la princesse.
Le prince l’écouta avec attention.
— Et personne n’a jamais réussi à entrer ?
— Non.
Le prince regarda la forêt.
Il ressentit une étrange envie de découvrir ce qui se cachait derrière les ronces.
Il se mit en route.
Lorsqu’il arriva devant la grande haie, quelque chose d’inattendu se produisit.
Les branches s’écartèrent.
Les épines se transformèrent en fleurs.
Un passage apparut.
Les cent années venaient justement de s’écouler.
Le château silencieux
Le prince traversa la forêt.
Il arriva devant les portes du château.
Elles étaient ouvertes.
Dans la cour, il vit des gardes endormis.
Dans les cuisines, les marmites étaient encore sur les tables.
Dans la grande salle, le roi et la reine dormaient.
Le prince avançait avec étonnement.
Partout, le temps semblait s’être arrêté.
Finalement, il découvrit l’escalier de la tour.
Il monta jusqu’au sommet.
Il poussa doucement la porte.
Et là, il aperçut la princesse.
Elle dormait paisiblement.
Le prince resta quelques instants silencieux.
Il avait l’impression d’être entré dans un rêve.
Il s’approcha.
Au même moment, les cent années arrivèrent exactement à leur terme.
La princesse ouvrit les yeux.
Le réveil
La princesse regarda autour d’elle.
— Que s’est-il passé ?
Le prince lui expliqua tout ce qu’il savait.
— Vous avez dormi très longtemps.
La princesse se redressa.
— Très longtemps ?
À cet instant, dans tout le château, les choses recommencèrent à bouger.
Le roi ouvrit les yeux.
La reine se réveilla.
Les gardes reprirent leur position.
Dans les cuisines, un cuisinier continua le geste qu’il avait commencé cent ans plus tôt.
Les chiens se mirent à courir.
Les chevaux hennirent.
Et les musiciens recommencèrent à jouer comme si seulement quelques secondes s’étaient écoulées.
Puis tout le monde comprit ce qui venait de se produire.
La princesse était réveillée.
Le mauvais sort était terminé.
Une nouvelle fête
Le château se remplit à nouveau de rires.
Le roi et la reine retrouvèrent leur fille avec bonheur.
Ils accueillirent le prince et lui demandèrent de rester au palais.
Le prince et la princesse apprirent à se connaître.
Ils parlèrent beaucoup.
Ils se promenèrent dans les jardins qui, eux aussi, semblaient avoir retrouvé leur beauté.
Avec le temps, ils devinrent très proches.
Une nouvelle grande fête fut organisée au château.
Cette fois, personne ne parla de malédiction.
On célébrait simplement le retour de la princesse, la fin du long sommeil et le début d’une nouvelle vie.
Et, pendant de nombreuses années, on continua à raconter dans tout le royaume l’histoire du château qui avait dormi pendant cent ans.
Ce que nous apprend cette histoire
La Belle au bois dormant nous rappelle que certaines choses ne peuvent pas être évitées simplement parce qu’on en a peur.
Le roi tente de supprimer tous les fuseaux du royaume pour protéger sa fille, mais la prédiction finit malgré tout par se réaliser.
Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais être prudent. Au contraire, il est important de se protéger des dangers.
Mais l’histoire nous montre aussi qu’on ne peut pas tout contrôler.
Elle nous rappelle surtout qu’après une période difficile, les choses peuvent changer et recommencer.
La princesse dort pendant cent ans, mais son histoire ne s’arrête pas là.
Après le long sommeil vient le réveil, puis une nouvelle vie.
