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La Lettre sans destinataire

Magie

La Lettre sans destinataire

Une lettre étrange

Quelques jours avant Noël, alors que la neige recouvrait les toits et les chemins, le facteur du village trouva une enveloppe très particulière dans sa sacoche.

Elle était un peu froissée.

Il n’y avait ni timbre, ni adresse, ni nom.

Sur le devant, quelqu’un avait seulement écrit :

Pour celui qui pourra m’aider.

Le facteur fronça les sourcils.

— Voilà qui est bien mystérieux…

Il retourna l’enveloppe.

Rien.

Il regarda de nouveau l’écriture.

Elle semblait avoir été faite par une main d’enfant.

Le facteur hésita.

Normalement, une lettre sans adresse ne pouvait pas être distribuée.

Mais celle-ci semblait différente.

Alors il décida de l’ouvrir avec précaution.

À l’intérieur, il trouva une feuille pliée en quatre.

Il commença à lire.

Le souhait d’un enfant

La lettre disait :

« Bonjour,

Je ne sais pas à qui écrire.

Je ne demande pas de jouet.

Je voudrais seulement que quelqu’un puisse aider mon papa.

Depuis que maman n’est plus là, il travaille beaucoup et il est souvent triste.

Cette année, nous n’avons pas décoré la maison.

Papa dit que Noël peut attendre.

Moi, je crois qu’il a surtout oublié comment être heureux.

Si quelqu’un trouve cette lettre, peut-être qu’il saura quoi faire.

Merci. »

Le facteur resta silencieux.

Il relut la lettre une seconde fois.

Puis une troisième.

Il n’y avait aucun prénom.

Aucune adresse.

Aucun indice.

Seulement ces quelques phrases.

— Comment retrouver cet enfant ? murmura-t-il.

Il glissa la lettre dans sa poche.

Et toute la journée, il ne cessa d’y penser.

Toute une ville cherche

Le lendemain, le facteur parla de la lettre à la boulangère.

— Un enfant qui vit seul avec son père ? demanda-t-elle. Il y en a plusieurs dans le village.

Il interrogea ensuite le marchand de jouets.

Puis la maîtresse d’école.

Puis le médecin.

Personne ne savait exactement de qui il s’agissait.

La boulangère eut alors une idée.

— Pourquoi chercher seulement un enfant ?

Le facteur la regarda.

— Que veux-tu dire ?

— Peut-être qu’on ne retrouvera jamais celui qui a écrit cette lettre. Mais il y a sûrement beaucoup de personnes qui se sentent seules à Noël.

Cette phrase resta dans l’esprit du facteur.

Le soir même, plusieurs habitants se réunirent dans la petite salle de la mairie.

Ils relurent ensemble la lettre.

Puis ils décidèrent de faire quelque chose.

Une drôle de préparation

Dès le lendemain, le village se mit en mouvement.

La boulangère prépara des biscuits.

Le marchand de jouets rassembla quelques petits cadeaux.

Les enfants de l’école fabriquèrent des décorations en papier.

Le fleuriste apporta des branches de sapin.

Une vieille dame tricota plusieurs écharpes.

Même le menuisier, qui parlait rarement, construisit une grande étoile en bois.

Personne ne savait encore chez qui ils iraient.

Alors la maîtresse proposa :

— Pourquoi ne pas commencer par les personnes qui seront seules cette année ?

Cette idée plut à tout le monde.

On prépara des paniers.

On écrivit des petits mots.

On organisa des visites.

Très vite, ce qui avait commencé par une lettre sans destinataire devint quelque chose de beaucoup plus grand.

Une maison sans lumière

Trois jours avant Noël, le facteur terminait sa tournée lorsqu’il passa devant une petite maison à l’écart du village.

Toutes les maisons voisines étaient décorées.

On voyait des guirlandes aux fenêtres.

Des étoiles pendaient aux portes.

Mais cette maison-là était sombre.

Aucune décoration.

Aucune lumière.

Le facteur ralentit.

Il connaissait vaguement l’homme qui y vivait.

Un père avec son jeune fils.

Il se souvint alors de la lettre.

Son cœur se mit à battre plus vite.

Il s’approcha de la porte.

Toc, toc, toc.

Un homme fatigué ouvrit.

— Bonjour.

— Bonjour, monsieur. Excusez-moi de vous déranger.

Derrière lui apparut un petit garçon.

Il regarda le facteur.

Puis il aperçut l’enveloppe dans sa main.

Son visage changea.

Le facteur comprit immédiatement.

Le jeune auteur

— C’est toi qui as écrit cette lettre ? demanda-t-il doucement.

Le garçon baissa les yeux.

— Oui.

Son père se tourna vers lui.

— Quelle lettre ?

Le garçon hésita.

Puis il raconta tout.

Il avait écrit son message un soir.

Il ne savait pas à qui l’envoyer.

Alors il l’avait simplement glissé dans une boîte aux lettres en espérant que quelqu’un le trouve.

Son père prit la feuille.

Il commença à lire.

Au début, il ne dit rien.

Puis ses yeux devinrent humides.

— Tu pensais vraiment que j’avais oublié comment être heureux ?

Le garçon hocha timidement la tête.

Son père s’agenouilla près de lui.

— Je suis désolé.

Il le serra dans ses bras.

Le facteur détourna discrètement le regard.

Une visite inattendue

Le lendemain soir, on frappa de nouveau à la porte.

Cette fois, ce n’était pas seulement le facteur.

Derrière lui se trouvaient la boulangère, la maîtresse, le menuisier et plusieurs enfants.

Ils portaient des boîtes, des guirlandes et des paniers.

— Qu’est-ce que tout cela ? demanda le père.

La boulangère sourit.

— Une lettre est arrivée chez nous.

Le garçon ouvrit de grands yeux.

Les habitants entrèrent.

En quelques minutes, la maison changea complètement.

On installa une petite branche de sapin dans un pot.

Les enfants suspendirent leurs décorations.

Le menuisier accrocha son étoile.

La boulangère posa des biscuits sur la table.

Puis quelqu’un alluma une guirlande.

La pièce se remplit d’une douce lumière.

Le père regardait tout cela sans savoir quoi dire.

Le plus beau cadeau

Cette soirée-là, personne ne parla de gros cadeaux.

Ils burent du chocolat chaud.

Ils mangèrent des biscuits.

Les enfants racontèrent des histoires.

Le père du garçon sourit plusieurs fois.

Puis il rit.

Un vrai rire.

Le garçon l’entendit.

Il ne dit rien.

Mais il se rapprocha de lui.

Plus tard, lorsque tout le monde fut parti, le père s’assit près de son fils.

— Tu sais, dit-il, je croyais que pour fêter Noël, il fallait avoir le cœur léger.

Le garçon l’écoutait.

— Mais peut-être que c’est justement lorsqu’on est triste qu’on a le plus besoin des autres.

Il prit la lettre et la replia soigneusement.

— Je vais la garder.

— Pourquoi ?

— Parce qu’elle m’a rappelé quelque chose d’important.

— Quoi ?

Le père sourit.

— Qu’on peut demander de l’aide.

Une nouvelle tradition

L’année suivante, le facteur retrouva une lettre sur son bureau.

Cette fois, elle portait une adresse.

Elle était destinée à toute la ville.

Le garçon avait écrit :

« L’année dernière, beaucoup de personnes nous ont aidés.

Cette année, j’aimerais que nous aidions quelqu’un d’autre. »

Alors le village décida de recommencer.

Chaque mois de décembre, les habitants préparèrent des paniers, des visites et des décorations pour ceux qui se sentaient seuls.

Et la toute première lettre fut encadrée dans la salle de la mairie.

En dessous, on pouvait lire :

Une lettre n’a pas toujours besoin d’une adresse pour arriver au bon endroit.


Ce que nous apprend cette histoire

La Lettre sans destinataire nous apprend qu’il est important de demander de l’aide lorsque quelque chose devient trop difficile à porter seul.

Le petit garçon ne demande pas de jouet. Il souhaite simplement revoir son père sourire.

Sa lettre finit par toucher beaucoup plus de personnes qu’il ne l’avait imaginé.

L’histoire nous rappelle aussi qu’un petit geste peut devenir très important.

Une lettre, quelques biscuits, une visite ou un peu de temps offert à quelqu’un peuvent changer une journée, parfois même beaucoup plus.

Pour un enfant, on peut retenir ceci :

quand quelqu’un semble triste ou seul, il n’est pas toujours nécessaire de trouver de grandes choses à faire. Être présent, écouter et montrer que l’on pense à lui est déjà un très beau cadeau.

Source : Conte de Noël adapté pour les enfants
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