Animaux
La Gardeuse d’oies
Il était une fois une reine qui avait une fille unique.
La jeune princesse était douce, bien élevée et très aimée de sa mère.
Lorsqu’elle fut assez grande, il fut décidé qu’elle épouserait un prince vivant dans un royaume lointain.
Le jour du départ, la reine prépara elle-même le voyage.
Elle donna à sa fille de beaux vêtements, des bijoux et tout ce dont elle aurait besoin pour rejoindre son futur époux.
Puis elle lui confia un cheval extraordinaire nommé Falada.
Falada n’était pas un cheval comme les autres.
Il était intelligent et, chose encore plus étonnante, il savait parler.
La reine choisit également une servante pour accompagner la princesse.
Avant de laisser partir sa fille, elle lui donna un petit tissu blanc sur lequel elle avait laissé quelques gouttes de son propre sang.
— Garde-le précieusement, lui dit-elle. Il te rappellera que je veille sur toi, même lorsque nous serons séparées.
La princesse embrassa sa mère.
Puis elle monta sur Falada.
La servante prit son propre cheval.
Et toutes deux se mirent en route vers le royaume du prince.
La première demande
Le voyage était long.
Après plusieurs heures, la princesse eut soif.
Elles arrivèrent près d’un ruisseau.
La princesse dit à sa servante :
— Pourrais-tu descendre et remplir ma coupe d’eau ?
Mais la servante répondit sèchement :
— Si vous avez soif, descendez vous-même.
La princesse fut très surprise.
Jamais sa servante ne lui avait parlé ainsi.
Pourtant, elle ne voulut pas se disputer.
Elle descendit de son cheval, s’agenouilla près du ruisseau et but directement dans l’eau.
Le petit tissu que sa mère lui avait donné resta bien caché contre elle.
La princesse remonta ensuite sur Falada et le voyage reprit.
Le tissu perdu
Plus tard, la chaleur devint encore plus forte.
La princesse eut de nouveau très soif.
Elle demanda encore :
— Pourrais-tu me donner un peu d’eau ?
La servante répondit :
— Servez-vous vous-même.
Cette fois encore, la princesse descendit.
Elle se pencha vers l’eau.
Mais en se baissant, le petit tissu blanc glissa de ses vêtements.
Il tomba dans le ruisseau.
La princesse tendit la main.
Trop tard.
Le courant emporta le précieux souvenir de sa mère.
La servante avait tout vu.
Et elle comprit immédiatement quelque chose.
La princesse se retrouvait désormais seule, loin de sa famille, sans témoin et sans personne pour la protéger.
Alors le comportement de la servante changea complètement.
Une terrible trahison
Lorsqu’elles reprirent la route, la servante s’arrêta.
— Descendez de votre cheval, ordonna-t-elle.
La princesse la regarda avec stupeur.
— Pourquoi ?
— Parce qu’à partir de maintenant, c’est moi qui monterai Falada.
La princesse crut d’abord avoir mal entendu.
Mais la servante continua :
— Vous allez prendre mon cheval et mes vêtements. Moi, je porterai les vôtres.
— Mais tu ne peux pas faire cela !
La servante s’approcha.
— Si vous refusez, vous risquez de ne jamais atteindre le château.
La princesse comprit qu’elle était en danger.
Elle était seule, très loin de chez elle.
Alors, malgré sa peur, elle obéit.
Elle retira ses vêtements de princesse.
La servante les enfila.
Puis elle donna ses propres habits à la jeune fille.
Enfin, elle monta sur Falada.
— Et vous ne direz jamais à personne ce qui s’est passé, ordonna-t-elle.
La princesse dut promettre.
Le voyage reprit.
Mais désormais, tout était à l’envers.
La vraie princesse avançait comme une simple servante.
Et la servante était habillée comme une princesse.
L’arrivée au château
Quelques jours plus tard, elles atteignirent enfin le royaume du prince.
Tout le château était en fête.
Des gardes ouvrirent les portes.
Les musiciens jouèrent.
Le prince vint accueillir celle qu’il croyait être sa future épouse.
Il salua la fausse princesse avec beaucoup de respect.
La véritable princesse resta en retrait.
Personne ne lui prêta attention.
Le vieux roi, père du prince, la remarqua pourtant.
Il demanda :
— Qui est cette jeune fille qui vous accompagne ?
La fausse princesse répondit rapidement :
— Une servante que j’ai amenée avec moi. Elle ne me sert plus à grand-chose. Donnez-lui un travail.
Le roi réfléchit.
— Nous avons justement besoin de quelqu’un pour garder les oies.
C’est ainsi que la véritable princesse devint gardeuse d’oies.
Le destin de Falada
Mais la fausse princesse avait encore une inquiétude.
Falada connaissait la vérité.
Et puisqu’il savait parler, il pouvait révéler son secret.
Elle ordonna donc que le cheval soit tué.
Lorsque la véritable princesse l’apprit, elle fut bouleversée.
Falada avait été son compagnon depuis son départ.
Il était aussi le dernier lien qui lui restait avec sa mère et son ancienne vie.
Elle demanda alors à un homme du château de placer la tête de Falada au-dessus d’une vieille porte par laquelle elle passait chaque matin avec les oies.
L’homme accepta.
Ainsi, même si Falada n’était plus vivant, la princesse pourrait encore le voir chaque jour.
Conrad, le jeune gardien
Chaque matin, la princesse partait garder les oies avec un jeune garçon nommé Conrad.
Ils traversaient la vieille porte.
La princesse levait les yeux vers Falada et disait tristement :
— Falada, toi qui es suspendu là…
Et, chose incroyable, Falada répondait :
— Ô princesse, si ta mère savait ce qui t’est arrivé, son cœur serait plein de chagrin.
Conrad entendait cela.
Il trouvait la scène très étrange.
Mais il n’osait pas poser de questions.
Une fois arrivés dans les prés, les oies se dispersaient dans l’herbe.
La princesse s’asseyait alors sous le soleil.
Elle détachait ses cheveux.
Ils étaient longs et brillants, si beaux que Conrad ne pouvait s’empêcher de les regarder.
Il voulut un jour lui prendre une mèche.
La princesse déclara alors :
— Vent, souffle et emporte le chapeau de Conrad !
Aussitôt, une forte rafale se leva.
Le chapeau de Conrad s’envola.
— Mon chapeau !
Le garçon courut après lui.
Lorsqu’il revint, la princesse avait déjà rattaché ses cheveux.
Conrad se plaint au roi
Le lendemain, la même chose se produisit.
Puis encore le jour suivant.
Finalement, Conrad en eut assez.
Il alla trouver le vieux roi.
— Majesté, je ne veux plus garder les oies avec cette fille.
Le roi demanda :
— Pourquoi donc ?
Conrad lui raconta tout.
La tête du cheval qui parlait.
Les paroles étranges de la jeune fille.
Le vent qui emportait toujours son chapeau.
Le roi trouva cette histoire très curieuse.
— Demain, retourne avec elle comme d’habitude.
Mais cette fois, le roi décida de les observer discrètement.
Le roi découvre un mystère
Le lendemain matin, le roi se cacha près de la vieille porte.
Il vit passer la jeune gardeuse d’oies.
Il l’entendit parler à Falada.
Et il entendit la réponse du cheval.
Puis il suivit les deux jeunes gens jusqu’au pré.
Il vit la jeune fille détacher ses magnifiques cheveux.
Il entendit les paroles adressées au vent.
Et il regarda le chapeau de Conrad s’envoler au loin.
Le roi comprit immédiatement que cette gardeuse d’oies n’était pas une jeune fille ordinaire.
Le soir, il la fit venir au château.
— Dis-moi qui tu es réellement.
La princesse baissa les yeux.
— Je ne peux pas le dire.
— Pourquoi ?
— Parce que j’ai promis de ne jamais révéler ce qui m’est arrivé.
Le roi réfléchit.
Il ne voulait pas l’obliger à rompre sa promesse.
Alors il lui dit :
— Si tu ne peux pas le dire à une personne, raconte donc ton chagrin à ce vieux poêle de fonte.
La princesse entra seule dans une petite pièce.
Elle s’assit près du poêle.
Puis, croyant que personne ne l’entendait, elle commença à parler.
La vérité enfin racontée
La princesse raconta tout.
Son départ.
Le cadeau de sa mère.
Le tissu perdu dans le ruisseau.
La servante qui avait refusé de l’aider.
L’échange des vêtements.
Les menaces.
Le mensonge au château.
Et enfin la mort de Falada.
Elle termina en pleurant :
— Et maintenant, moi qui suis née princesse, je garde les oies dans les champs.
Mais le vieux roi écoutait derrière la porte.
Il avait enfin compris toute la vérité.
Il entra dans la pièce.
— Tu as tenu ta promesse, dit-il. Tu ne m’as rien raconté directement. Mais désormais, je sais qui tu es.
La princesse leva les yeux.
Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit qu’elle n’était plus seule.
La princesse retrouve sa place
Le roi ordonna que l’on prépare un bain et de beaux vêtements pour la jeune fille.
Lorsqu’elle revint dans la grande salle, personne ne reconnut la gardeuse d’oies.
Elle avait retrouvé l’allure d’une princesse.
Le roi fit venir son fils.
Il lui expliqua toute l’histoire.
Le prince regarda la jeune fille avec étonnement.
Il comprit qu’elle était celle qu’il aurait dû accueillir depuis le début.
Puis le roi fit appeler la fausse princesse.
Mais il ne lui révéla pas encore qu’il connaissait la vérité.
Il lui raconta simplement une histoire :
— Imagine qu’une servante accompagne une princesse dans un royaume lointain. Pendant le voyage, elle prend ses vêtements, son cheval et sa place. Elle oblige la vraie princesse à devenir servante. Que devrait-il arriver à une personne qui agit ainsi ?
La fausse princesse, ne comprenant pas qu’il parlait d’elle, proposa elle-même une punition très sévère.
Alors le roi répondit :
— Tu viens de juger ta propre conduite.
La servante comprit que son mensonge était découvert.
Elle ne pouvait plus nier.
Dans notre adaptation pour les enfants, retenons surtout qu’elle fut chassée du château et qu’elle perdit tout ce qu’elle avait essayé d’obtenir par la tromperie.
Une nouvelle vie
La véritable princesse retrouva son rang.
Le prince apprit à la connaître telle qu’elle était vraiment.
Il découvrit son courage, sa patience et sa douceur.
Car pendant toute cette épreuve, elle n’avait jamais choisi de devenir cruelle à son tour.
Le prince et la princesse finirent par se marier.
Mais elle n’oublia jamais les jours passés dans les champs avec les oies.
Ils lui avaient appris quelque chose qu’elle n’aurait peut-être jamais compris en restant toute sa vie derrière les murs d’un palais :
les beaux vêtements, les titres et les couronnes peuvent être volés.
Mais ils ne changent pas la personne que l’on est réellement.
Et lorsqu’un mensonge prend la place de la vérité, il peut durer quelque temps…
mais pas éternellement.
Ce que nous apprend cette histoire
La Gardeuse d’oies nous apprend que notre valeur ne dépend pas de nos vêtements, de notre richesse ou du titre que l’on nous donne.
Même lorsqu’elle est habillée comme une servante et qu’elle garde les oies, la princesse reste la même personne.
À l’inverse, la servante peut porter les vêtements d’une princesse, mais cela ne la rend ni honnête ni bonne.
L’histoire nous rappelle également qu’un mensonge peut tromper les autres pendant quelque temps, mais la vérité finit souvent par apparaître.
Enfin, la princesse montre une grande force : elle traverse une situation injuste sans perdre complètement sa bonté.
Pour un enfant, on peut retenir ceci :
ce que tu es vraiment compte davantage que l’apparence que tu donnes aux autres.
